Pourquoi se lancer dans une liste participative aux élections municipales de 2020 ?

Pourquoi se lancer dans une liste participative aux élections municipales de 2020 ?

Vous voulez faire une liste pour remporter les élections municipales de 2020, diriger la commune et prendre les décisions au nom des électeurs ? Si votre réponse est oui, c’est sans doute très bien, mais vous n’êtes pas à la bonne adresse ! Les listes participatives n’ont pas pour priorité de gagner l’élection, elles ont pour objectif de créer de la démocratie à l’échelle locale. Qu’est-ce que les habitants veulent pour leur territoire communal ? Quelles sont leurs priorités, leurs préoccupations ? Quels enjeux en résultent ? Si vous pensez plus passionnant de partager la décision avec les autres que le combat pour décider au nom des autres, alors vous êtes à la bonne porte !

Faire ensemble sans dominer personne

L’idée centrale d’une liste participative est de trouver un chemin pour que chacun de nous puisse trouver une place plus juste, qui lui convienne au niveau personnel, au niveau collectif et dans la sphère publique – au niveau local tout au moins. Le compartimentage et l’exclusion sociale nous étouffent : les uns s’épuisent dans le travail, parfois dans une double vie de contraintes familiales et d’emploi, d’autres sont enfermés dans des impératifs telles que l’école, la recherche d’emploi, etc. Nous sommes tous largement assujettis à de multiples contraintes de production, de consommation et de règles qui nous écartent de nos désirs de vie. L’objet de la liste participative est d’abord de définir ce que nous voulons pour nous-mêmes, et non pas ce que nous voulons faire pour les autres, en tous cas il ne s’agit surtout pas de décider à la place d’autrui. Voilà, nous partons avec cette idée simple de la démocratie, où chacun a un droit d’accès égal aux décisions collectives et à la protection publique.

Chacun doit avoir le pouvoir d’agir dans les sphères privées, collectives et publiques, mais personne ne doit avoir le pouvoir sur les autres. Le pouvoir, quand il est utile, unit dans une relation qui doit être consentie, explicite et éphémère. Les listes participatives s’organisent autour de principes de liberté et d’égalité dans l’expression qui ont été développées par l’éducation populaire. Personne ne parle du haut d’une estrade, les animateurs du débat ne sont pas des décideurs mais des organisateurs d’une investigation collective pour déterminer la volonté générale, et les facilitateurs veillent à ce que chacun trouve la possibilité de s’exprimer.

Notre vision de la démocratie, c’est faire ensemble sans dominer personne. Cela ne veut pas dire que tout le monde s’occupe de tout, cela veut dire que les engagements sont distribués, évolutifs et accessibles à tous. Entrer dans le mouvement des listes participatives, c’est donc en premier lieu un exercice d’introspection sur sa propre idée de la coopération pour participer à la démocratie. On peut arriver sur ce chemin par une expérience d’élu local majoritaire, ou minoritaire, par la participation à un mouvement social, ou par simple curiosité citoyenne.


Développer une vision collective des enjeux

L’échéance électorale est une occasion de se mettre en mouvement collectivement sur un territoire déterminé à une date déterminée, cependant le résultat attendu n’est pas électoral, il est dans l’installation d’un débat public ouvert en permanence aux initiatives citoyennes. Le premier travail des listes participatives est d’élaborer un programme en montrant par la pratique que chacun peut effectivement y prendre part, et prendre confiance dans la possibilité d’évoluer et de s’exprimer librement avec les autres citoyens : le rendez-vous électoral est un prétexte pour mettre en place une investigation où les opinions individuelles peuvent se transformer en mobilisation collective. Il est clairement établi d’une part que la désignation des candidats de la liste est subalterne et postérieure à cette élaboration spécifique au cadre électoral, et d’autre part que l’on vise une construction permanente de la démocratie dans l’auto-gouvernance, c’est-à-dire avec ses temps de respiration, ses dévolutions de pouvoir, sa dynamique issue de sa vision collective des enjeux et des contraintes.

Nous vivons dans une culture de marché et de concurrence électorale. Les listes participatives sont ouvertes à tous, y compris aux élus sortants à partir du moment où ils acceptent de renoncer à la prééminence de leur posture d’élus, et d’accorder à leur parole la même valeur que pour celle de n’importe qui, sans autre orientation idéologique que notre vision de la démocratie qui respecte la libre expression de chacun et qui recherche par principe à lutter contre toute domination. Naturellement, l’exercice de détermination des enjeux fait apparaître des divergences, voire des oppositions. Il faut alors rechercher activement la nature des désaccords, avec bienveillance et persévérance car il est extrêmement important de ne pas rester sur des malentendus, de comprendre les raisons de la divergence, d’admettre ses propres limites et celles de ses partenaires. En effet, quand on s’est mis d’accord sur la définition d’un désaccord on peut déterminer les limites de ce qu’on fait ensemble, mais aussi s’allier en confiance et dans le respect de ces limites.

Aujourd’hui la priorité est certainement davantage de développer une vision collective des enjeux publics que de mettre en concurrence des visions divergentes. Compte-tenu du fait que le cercle des électeurs reste a priori plus large que celui des participants à la liste participative, il n’est pas exclus dans le principe de faire éclore des listes concurrentes. Cela touche directement la question du consentement que nous regarderons en conclusion.

Au cas où la liste participative gagne les élections, comme cela est arrivé à Saillans en 2014, le travail d’élaboration du programme induit considérablement la pratique politique de l’équipe municipale. Malgré l’unicité du cadre légal imposée à toutes les communes de France, la posture des élus est profondément modifiée à l’origine même de la fonction élective quand on y arrive par une liste participative. Généralement les nouveaux élus municipaux ressentent une forte rupture entre la période pré-électorale et la période postérieure à l’installation municipale, la liste participative installe au contraire des pratiques de travail en commun destinées à perdurer après l’installation au conseil municipal. Le maire et les membres de la majorité municipale entrent dans une nouvelle posture où ils ne sont pas décideurs sur la base de leur subjectivité personnelle mais activateurs d’une participation publique pour déterminer les enjeux, puis pour élaborer des décisions. Les élus des listes participatives n’ont plus à porter la décision, ils ont à porter le débat public qui va produire la décision, c’est plus facile et davantage à la portée d’un grand nombre d’entre nous.

Cette voie entraîne un déplacement important du rôle des fonctionnaires territoriaux qui détiennent un savoir-faire professionnel. Aujourd’hui, les agents publics sont tenus à un « devoir de réserve » et s’expriment très peu en public, en tous cas « sous le contrôle » des élus. Les décisions importantes des collectivités se prennent actuellement très souvent dans un dialogue confidentiel entre les fonctionnaires et les élus. Dès la campagne électorale, les listes participatives doivent mettre en cause cette relation opaque et inviter les fonctionnaires à exprimer leur vision des enjeux des services publics qu’ils gèrent et leur avis sur les contraintes de moyens de la collectivité.

Redonner de la place au citoyen, c’est redonner de la place aux finalités

Est-ce que l’institution locale s’occupe des problèmes réels des habitants ? Faut-il ouvrir de nouveaux pans de l’action publique locale ou en supprimer ? Est-ce qu’il ne faut pas favoriser davantage la gestion collective dans des communs auto-gouvernés alors que l’institution publique est contrainte par la relation tutélaire de l’État aux plans réglementaire et financier ? La discussion publique est aujourd’hui envahie par des pseudo-débats sur la meilleure utilisation des moyens, avec des sous-entendus clientélistes sous couvert d’idéologies : en gros, on fait des promesses en assurant qu’elles sont financées, mais on élude le sens de l’engagement.

La liste participative change l’ADN de la politique locale, elle distingue plus clairement le rapport aux moyens qui impliquent directement l’administration et l’exécutif et le rapport aux finalités qui doit revenir au décideur. Les listes participatives ont pour première vocation de remettre les finalités de l’action publique au premier plan, elles ne fabriquent pas du consensus mais du consentement. La différence ? Dans le consentement, chacun est responsable de faire connaître ses objections et donc une réponse est obligatoirement apportée à chacun. A l’issue de cette réponse à l’objection, il ne s’agit plus d’exprimer une préférence sur l’étalage des opinions en concurrence mais de se résoudre à accepter la réponse collective ou à choisir de rompre sa solidarité avec le groupe. Si la liste est participative, c’est pour enclencher un principe dès l’origine : les citoyens collaborent à la production d’un programme et désignent des candidats qui ne s’autoproclament pas par eux-mêmes, puisque les citoyens entendent rester les patrons après l’élection.

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